Patrizia Bonifazio Scrivano, Sergio Pace, Michela Rosso, Paolo. Tra guerra e pace. SocietÖ cultura e architettura nel secondo dopoguerra. Milano: Franco Angeli, 1998. 363 pp. 48 000 LIT (cloth), ISBN 978-88-464-0784-9.
Reviewed by Paola D. Biagi (Istituto Universitario di Architettura di Venezia)
Published on H-Urban (March, 1999)
Ce livre est le résultat de la collaboration de Patrizia Bonifazio, Sergio Pace, Michela Rosso et Paolo Scrivano, les jeunes historiens et historiennes du Politecnico de Turin qui avaient organisé en juin 1997 le colloque dont les actes sont publiés aujourd'hui. Centré sur la période de la reconstruction en Europe, l'ouvrage se prite à de nombreuses lectures. Celle que nous suivrons se déroulera suivant deux directions: la première, très proche du texte, propose certaines réflexions et questions suscités par les éléments plus superficiels du livre; la seconde, en revanche, plus distante, se penche sur des thèmes relatifs à la période prise en considération.
Arrêtons-nous d'abord sur la forme du livre, en considérant en premier lieu son titre: Entre guerre et paix. Société, culture et architecture du deuxième après-guerre. Il semble que titre et sous-titre restituent pleinement l'objet et la période dont traite l'ouvrage: la société, la culture et l'architecture de l'apres-guerre. En revanche, et en depit d^Òune apparente linearite, il se revele fort ambigu et polysémique. En effet sa première partie, Entre guerre et paix_, suggère des problèmes non indifférents tel que celui de la division chronologique, ou plus exactement du lien entre les divisions chronologiques et l'opposition continuité/fracture.
La lecture du livre révèle en effet l'importance donnée à la période de la seconde guerre mondiale, que ce soit par les éditeurs de l'ouvrage, ou par certains des auteurs qui ont collabore l'edition de l'ouvrage comme, par exemple, Jean-Louis Cohen dans son introduction la seconde partie. La guerre n'est pas consideree comme une pause ou comme une fracture qui aurait déterminé un vide à l'intérieur de la discipline, mais, au contraire, comme la source de nouvelles possibilités pour l'architecture et l'urbanisme, possibilités qui ont eu, par la suite, d'importantes répercussions. La guerre aurait egalement joue le rìle de pont, de conjonction entre deux periodes. Telle hypothese est d'ailleurs renforcée par le fait que le livre est plus attentif aux effets que le conflit a pu avoir sur la discipline qu' ceux qu'il a engendre sur l'espace urbain et territorial; s'il en eut ete ainsi la guerre aurait sans doute assumé un rôle événementiel plus marqué.
L'examen des divers textes qui composent l'ouvrage fait en fait apparaître des périodisations plutôt vagues, qui tendent à dépasser une division plus rigide du temps liée exclusivement à des événements appartenants "une histoire externe de l^Òurbanisme et de l'architecture, même s'il est évident que le conflit a pesé de manière profonde sur ces deux disciplines. Le fait que les auteurs aient observé principalement les histoires internes fait apparaître nombre de seuils, fractures et continuités, autant de "temporalités diverses," comme le souligne Donatella Calabi dans son texte introductif à la première partie. Ainsi les fractures ne sont-elles pas uniquement dues à la guerre, entendue en tant qu'événement qui rompt l^Òaxe du temps etablissant de fait un "avant" et un "apres" (c'est ainsi que l'ont considérée la plupart des histoires de l'architecture et de l'urbanisme du vingtième siècle ou de la seconde moitié du siècle), mais dictées par de multiples événements ou encore par de lentes modifications internes à la discipline qui se produisent dans plusieurs mondes temporels.
La nature même de l'ouvrage, sa pluralité qui multiplie et stratifie les temps, en désignant des "trajectoires chronologiques non homogenes," comme il est clairement explicite dans l'introduction, contribue mettre en lumiere, d^Òune part les nombreuses fractures qui ne se superposent pas toujours la guerre, d'autre part une substantielle continuite interne de l'histoire de la discipline au travers du conflit. Ce travail révèle ainsi une image fort diverse de celles de certaines grandes fresques historiographiques qui se sont occupées de la même période, même s'il n'en a pas la cohérence.
Vu que le livre traite une periode qui va de la seconde moitie des annees trente la premiere moitie des annees cinquante, il est legitime de se demander si cette lecture de la continuite jette vraiment un pont entre ces deux moments, si elle établit entre eux un lien thématique et sémantique. Y aurait-il par exemple, pour l'Italie, mais également pour d'autres pays, une genèse située à la fin des années trente et au début des années quarante des thèmes et des problèmes affrontés au début des années cinquante ? Le livre pose une problematique des seuils et dès l'introduction est posée la question des divers commencements et des incertaines conclusions que les histoires racontées proposent; cette problématique est déterminée par la diversité des événements et des géographies décrites, diversité qui se reflète sur la question de la continuité.
J'y ajouterai de nouveaux doutes: quel 'commencements' ? 1943, ou plutôt 1939-1943, période durant laquelle Le Corbusier réécrit la Charte d^ÒAthènes, considérée comme le grand manifeste de la reconstruction? Evidemment non, puisqu'il est notoire que la Charte a une histoire plus étendue, qui ne débute pas même avec le quatrième Ciam en 1933. Ou alors, plus particulièrement pour le cas italien, situer les "commencements" en 1942, avec l'émanation de la loi urbanistique nationale, ou encore plus tôt avec la période de gestation de la dite loi? De même, quelles 'conclusions'? Quand la période de la reconstruction s^Òépuise-t-elle? Est-ce une période qui passe de façon linéaire des années quarante aux annees cinquante? Les annees cinquante sont-elles une decennie homogene qui developpe et met en pratique idees, theories et programmes mis au point durant la reconstruction, mais egalement avant elle selon l'hypothese ici defendue, aboutissant pour l'Italie par exemple au mythique 1959, année qui ouvrirait la réflexion, le débat et la pratique architectonique à des hypothèses, thèmes et échelles complétement différents (de l'idée communautaire à la grande dimension)? Ou alors le prétendu 'tournant' de 1959 serait-il plutìt une invention historiographique qui attribuerait un rôle fondateur à la publication du livre de Giuseppe Samonàe L'urbanistica e l'avvenire delle città negli stati europeie au concours pour les Barene de San Giuliano à Mestre -en particulier au projet de Ludovico Quaroni- et au Congrès de l^ÒInstitut National d^ÒUrbanisme sur le visage de la ville, , oubliant, de ce fait, tout un travail antérieur plus lent sur ces mêmes thèmes ? Oubliant de plus lentes mutations déjà évidentes, par exemple, dans le texte de Quaronie Il paese dei barocchie et dans son projet pour le quartier San Giusto à Prato en 1957, ou peu avant, dans un autre texte fort significatif de Quaronie Città e quartiere nella attuale fase critica di culturae, ou dans le lancement du second septennat de l'Ina Casa en 1956, ou dans le projet de Giancarlo De Carlo pour le quartier Spine Bianche à Matera en 1955, ou encore dans le début des travaux pour le plan du Cet pour la ville de Rome, plan qui remonte à 1954?
Toutefois, et malgré de nombreux doutes en ce qui concerne commencements et conclusions des periodes etudiees, les auteurs soutiennent juste titre la necessite de prendre position et d^Òexprimer leur opinion en la matiere; ceci leur permet d'affirmer que "la Seconde Guerre Mondiale demeure un évenement qui a détruit hommes, ressources et frontières (pas seulement géographiques), mais a également 'mis en marche' des mécanismes de grande importance et de longue durée." Ici l'hypothèse de la continuité semble vaciller, mais il ne peut en être autrement: continuité/discontinuité ne peuvent être utlisées comme des catégories rigides, mises en définitive opposition, ce qui est d'autant plus vrai dans le cas d'un livre pluriel et fragmenté comme l'est celui-ci. D'un livre qui tisse des fils si divers, de provenances si diverses et si nombreuses, ressort une image de la période semblable à celle d'un tissu hétérogène, dans lequel certains fils se sont interrompus avec la guerre, d'autres se poursuivent après elle, et d'autres encore naissent avec elle ou peu apres.
Retournons encore une fois au titre du livre pour une dernière observation à propos des trois mots: Société, culture et architecture, et notons qu^Òil en manque d^Òautres, tels que "ville," "territoire," "espace." Cette absence nous indique que les auteurs dirigent leur regard presqu'exclusivement vers la discipline, vers l'histoire de l'architecture et de l'urbanisme plus que vers l'histoire des mutations de la ville, plus vers l'explication de la faeon dont idees, projets, sujets et organisations se sont rapportés à l'espace physique que vers l'étude des effets de tout cela sur les dimensions, typologies et caractères de l'espace urbain. Au fond l'espace est le grand absent du livre. Un exemple: la continuité des travaux architectoniques soulignée par les auteurs du livre est expliquée surtout comme le maintien, par les architectes, de positions acquises avant-guerre, dans les universites et par les professionnels. Cependant, l'on est en droit de se demander si cette continuite ne devrait pas être également relue à la lumière des thèmes architectoniques, de la conception de l^Òespace, des principes habitatifs, de la conception du quartier et de la traduction de ces éléments sur le territoire. N^Òa-t-on pas assisté, après la guerre, à un transfert, à une mise en pratique généralisée de principes déjà mñrs dans les années trente ? Voire même déjà murs auparavant, par exemple dans l'immédiat après-guerre, si ce n'est en Italie, du moins dans d'autres pays d'Europe (pensons aux villes allemandes, à Francfort, Berlin,...) . Les glissements géographiques et culturels posent sur ce point aussi des questions et thèmes fort divers, ne serait-ce point là un aspect à explorer?
Il nous semble que le livre, si l'on en rassemble les multiples fragments, tend de manière évidente à reconstruire l'histoire d^Òune communauté scientifique, ou de certaines élites. Dans ce sens il a le mérite de ne créer ni confusion, ni ambiguïté, entre histoire de l'urbanisme et histoire urbaine, entre histoire des idees de la ville et histoire de la ville.
Poursuivons notre exploration "superficielle" du texte et penchons nous sur la table des matière laquelle en met clairement en évidence la forme: celle d^Òun texte "pluriel" et "fragmenté."
Pluriel en ce qui concerne les thèmes traités et les sens auxquels la somme des contributions renvoie, sens selon lesquels l^Òon pourrait procéder à de nombreuses lectures. Pluriel parce qu'il implique trois générations de chercheurs, et un très grand nombre de jeunes chercheurs. Pluriel aussi au regard de la provenance géographique des auteurs et des langues utilisées (italien, anglais, français).
Fragmenté puisque chaque texte représente un fragment significatif de plus amples travaux de recherche, présentés au travers d^Òune trentaine de contributions, auxquelles correspondent autant de recherches en cours ou achevées. En outre, les interventions originales de chaque auteur permettent au texte d'eviter les lieux communs sur la période et sur les sujets traités. Aussi nous semble-t-il qu'une telle caractéristique puisse faire de cet ouvrage une sorte de "programme de recherche," un programme de travail qui, s'il était développé d^Òune manière plus spécifique (pour l'Italie par exemple), porterait de nouvelles et plus articulees images de l'apres-guerre. Un programme que justifierait egalement l'absence de conclusions definitives, tout comme l'évidente ouverture sur de futurs et ultérieurs projets de recherche.
Fragmentee puisque le livre lit la periode etudiee suivant de multiples et nombreux points de vue. Il de coupe la periode, non seulement chronologiquement, mais egalement selon les thèmes, auteurs, sujets et évenements divers. Il est évident qu'au lieu de définir des lectures unitaires, synthétiques et généralisantes, en lesquelles chaque épisode trouverait sa juste place comme s^Òil s^Òagissaient des pièces d'un puzzle, en édifiant ainsi une vision cohérente de la période, l'ouvrage privilégie l'option des lectures partielles, fragmentaires, analytiques. Cette option le voue a reconnaître des parcours multiples, et parfois contradictoires, à tel point que la place de chaque élément dans l'ensemble n'est pas toujours des plus claires. Aussi est-il plus opportun de recourir à l'image du collage plus qu'à celle du puzzle: autant de fragments disposés sur des temps, des couches, des segments divers qui, plutôt que de confluer en une unique narration, se dispersent en de multiples micro-histoires.
L'ouvrage lisant la periode suivant de nombreux points de vue, il est, non seulement fragmentw, mais encore une fois, pluriel. Au regard des "géographies culturelles" (: la Suisse, les pays scandinaves, l'Allemagne, la France, l'Angleterre, les Etats-Unis d'Amérique, les pays d'Europe de l'Est, l'Italie -avec Turin, Milan et Venise- etc...), mais aussi des différents genres historiographiques: biographies et fragments biographiques correspondant aux moments où des individus ont traversé la période considérée ( Rogers, Samon, Gazzola, Shmidt, Teige, Lods, Summerson, Smithson, Verwilghen, etc...), et biographies collectives, lectures de la periode au travers de groupements et associations (Ciam, Msa, Associations des Architectes Finlandais, Ascoral, etc...). Aussi concordons-nous avec De Magistris quand, dans sa présentation de la troisième partie il écrit: la "clé centrale de lecture semble être encore celle biographique." Il est vrai que l'accent est porté clairement sur 'l'auteur.' Toutefois cela ne semble pas être un obstacle la recherche, mais souligne au contraire l'interêt d'une approche biographique rarement utilisée dans le cadre de l'histoire de l'urbanisme, si ce n^Òest en des temps récents.
En outre l'ouvrage se penche sur certains lieux et moments de la formation, de la transmission et de la circulations des idées et du savoir: les revues (Casabella, Metron considérées comme lieux de formation des élites), les écoles (l' Iuav de Venise, la Hochschule für Gestaltung de Ulm, ...), les associations, les congres (congres des urbaniste suisses,...), les voyages, les archives et les catalogues (le National Buildings Record,...). Mais egalement sur les lieux de codification et de pratique du savoir technique: les bureaucraties (surintendances italiennes, sociétés HLM françaises, Commissariat à la reconstruction en Belgique, etc..), les ordres professionnels (celui de la région de Venise), les études professionnelles (Bbpr, ...).
On est donc en face d'une attitude qui cherche à identifier une image de la communaute scientifique, en etudiant sa composition, ses acteurs, la manière dont elle fonctionne, communique, se rapporte à la société civile, se regroupe et croît après la guerre. Si l'on retourne aux hypothèses de T.Khun sur les stratégies de constitution des communautés scientifiques, l'on se demande si, parmi les hypotheses soutenues par cet ouvrage, il n'est pas possible de retrouver celle qui voit dans la période 1935-1955 un moment privilegie de reorganisation pour la communaute des architectes et des urbanistes, d'unification du savoir et des techniques disciplinaires, en Italie et dans les autres pays européens. Ou, au contraire, cette période ne voit-elle pas le savoir disciplinaire se fragmenter et se disperser le long des nombreuses voies qu'emprunte l'urbanisme moderne ? Ici aussi il conviendrait d'observer l'évolution des villes afin de pouvoir vérifier de telles hypothèses.
Penchons-nous maintenant sur un second niveau d'analyse: une analyse thématique. Les thèmes que l'on rencontre au travers du texte sont nombreux et il n'est pas toujours facile, durant la lecture, de les identifier; il arrive même parfois que l'on s'interroge sur ce qui fait le lien entre des thèmes si divers, outre la période au cours de laquelle les auteurs ou événements traités interviennent. Aussi avons-nous tenté d'en mettre en relief certains, même si pour ce faire nous avons dû en négliger d'autres. Mais l'on sait, comme nous le rappelle Roland Barthes, que pour un texte pluriel (d'un point de vue sémantique), l'omission d'un des sens ne peut être ressentie comme une erreur. Nous rappellerons seulement deux ensembles thématiques qui nous permettent, de nouveau, d'aborder l'ouvrage, tout en nous en éloignant de celui-ci: petite/grande reconstruction et tradition/innovation. Deux binômes que nous étudions, non pas en tant qu'oppositions, mais bien plus parce qu'ils nous offrent l'opportunité de mettre en évidence des relations complexes.
Petite/grande reconstruction: cette dichotomie nous a été inspirée par la relecture des numeros de la revue Urbanistica publiés durant la période étudiée, et en particulier par les éditoriaux de Giovanni Astengo, acteur critique de la reconstruction en Italie. Par le biais de cette dichotomie nous entendons nous reporter à certains programmes et expériences urbanistiques européenne autour desquelles s'est organisé tout le système urbain de certaines nations (voir pour l'Angleterre, la loi sur les New Towns et le plan pour le Grand Londres; la France, avec les grands ensembles), par opposition l'experience italienne, ou un pragmatisme superficiel nous a empêché de comprendre les bouleversements territoriaux et sociaux que les flux migratoires provoquaient sur le tissu urbain.
La petite reconstruction italienne, ou la "banale reconstruction" (il s'agit ici encore d'une définition d^ÒAstengo), poursuivie avec les plans de reconstruction, n'a peut-être pas été encore suffisamment étudiée. En effet, les quelques 300 plans élaborés dans tout le pays devraient être l'objet d^Òune recherche specifique et d^Òanalyses approfondies qui ne les liquident pas avec trop de hâte pour avoir été des "occasions perdues" comme l'écrivait Astengo en 1951 (par exemple: quels en ont été les effets sur le développement des villes?; qui en furent les auteurs? Ici aussi il en ressortirait peut être une ligne de continuité entre avant et après guerre, comme celle mise en évidence dans l'ouvrage par Elena Svalduz avec l'exemple de Duilio Torres à Venise).
Ces plans ont représenté des moments de forte reduction de la technique urbanistique. Ils furent, d^Òune part, des elements de continuite avec la periode precedente, au travers des interventions de reconstruction des centres historiques, où les destructions de la guerre ont été l'occasion d^Òune ouverture des tissus, recourant aux théories de Marcello Piacentini plus qu'à celles de Gustavo Giovannoni. D'autre part, ils établirent des liens avec les plans successifs en indiquant des lignes directrices de développement, lesquelles suscitèrent une seeie d'attentes que les plans des annees cinquante ne purent nier, et enfin en ouvrant la voie à l'intervention spéculative.
Tous ces thèmes pourraient aussi se classer sous une autre opposition: dissémination/regroupement, utilisée également par Giovanni Astengo dans la revue Urbanistica. Astengo ne perd pas une occasion de dénoncer les erreurs de la reconstruction italienne, la myopie des solutions immédiates et fragmentaires, et surtout la dissémination des politiques, des financements, tout comme le fait que l'on ait pas su profiter de l'opportunite offerte par la reconstruction ("les chroniques urbanistiques italiennes de l'apres-guerre ont trop souvent dû enregistrer des successions d'occasions perdues," est l'incipit du texte 'Nuovi quartieri in Italia', Urbanistica n.7, 1951), opportunité de définir une politique globale de planification de l'Italie et de mettre sur pied le grand édifice de la planification. Il dénonce la dissémination des interventions de constructions nouvelles, leur localisation au hasard, leur "banalité," le renoncement à la construction d'"unités urbanistiques" pour ne construire "que des logements." C'est-à-dire l'opportunité perdue de donner forme et structure à un dessin urbanistique d^Òensemble des villes et des territoires italiens.
"L'énorme masse immobilière, - selon Astengo - alimentée par les diverses subventions étatiques, plutôt que de confluer à la formation de quartiers organiques, étudiés dans le détail et insérés avec précaution dans le paysage, se brise en une myriade de petits fragments, qui tombent de maniere casuelle ea et l sur le terrain, s"adaptant paresseusement et avec quelques compromis aux situations preexistantes." Il faut reconnaître qu'Astengo voyait juste, et qu'il avait compris que durant ces années se mettaient en place des modalités d'intervention qui auraient par la suite porté au phénomène de diffusion, de perte d'une dimension délimité de l'espace habitable que nous observons aujourd'hui sur notre territoire.
Ici s'ouvre une perspective de recherche: comprendre dans quelle mesure la periode de la reconstruction a ete fondamentale pour la mise au point des premices des types d'urbanisations developpes au cours des decennies suivantes, et dont nous observons aujourd'hui les résultats dans l'espace contemporain.
Astengo, s'opposant à cette dissémination urbaine, commente positivement l'émanation du plan Ina-Casa (1949), le grand programme étatique de construction de nouveaux logements et de quartiers pour ouvriers partout en Italie. Il y voit la possibilite de construire de nouvelles unites organiques en dehors des villes, d'ameliorer la qualite fonctionnelle, technique et esthetique des nouvelles portions urbaines et des nouvelles habitations, par rapport aux premieres interventions pour les "sans-toits," et ce également grâce à l'implication d'une "classe professionnelle, restée jusque-là à la fenêtre."
Pour Astengo les quartiers nouveaux sont de véritables îles d'utopie, refuges de la pensée et du projet, et pas même la distance qui séparait alors ces quartiers des villes ne lui semble alors problématique, au contraire il la voit comme un élément à recréer: "Le fait que ces zones soient périphériques ou externes ne nuit pas, si les nouvelles unités résidentielles ont un caractere vraiment autonome; au contraire celles-ci, émergeant en des zones libres dégagées des mailles d'anciens plans régulateurs préexistants, ont pu être caractérisées avec une plus grande liberté d'installation par les architectes et, en outre, etant deeaches des centres habites, elles ne sont pas en contact direct avec les anonymes constructions des faubourgs. Le choix de zones extErieures contribue "la decentralisation urbaine, et est donc, en tant que telle, fondamentalement saine." Cet extrait révèle avec évidence non seulement les idées organicistes et l'option du décentrement urbain préférée par l'auteur, mais également sa position critique au regard des plans et desconstructions de l'après-guerre.
Un autre thème qui parcours l'ouvrage de maniere plus explicite peut être rapporté à la dichotomie: tradition/innovation ou tradition/modernité. Nous ne nous étendrons sur la façon dont ce thème est abordé par les divers auteurs, et citerons seulement deux noms et une sorte de slogan: "de Gazzola à Teige."
En revanche arrêtons-nous brièvement sur la Charte d^ÒAthènes, plusieurs fois citée au cours de l'ouvrage. En général la Charte est considérée comme le symbole et la matrice d'un type d'urbanisation, d'une idée de l'espace qui a guidé la reconstruction europeenne, et elle est, de ce fait, montree du doigt par de trop presses critiques, en tant que responsable des resultats obtenus, des banlieues mal réalisées à la périphérie des grandes villes. Il est curieux qu'un texte produit dans les années trente, et qui représente une discrète expression de la culture de cette décennie, mais qui constitue la conclusion de plus amples parcours de recherches remontant au moins au dix-huitieme siecle, soit devenu un des grands manifestes de la reconstruction, ait guidé des pratiques architectoniques qui ont contribuées à édifier les villes européennes durant la seconde moitié de ce siècle, pratiques qui ont traduit, en les réduisant, certains grands principes présents dans la Charte, et sur lesquels se base la société contemporaine.
Dans ce sens, mettre en relation si étroite la Charte et la reconstruction reviendrait à faire de la Charte un élément de continuité, de poursuite d'une tradition disciplinaire ancienne, qui ne débute pas avec les annees trente. Ainsi la Charte ne serait pas un document-programme totalement innovant, lequel introduirait de manière impromptue de nouvelles idées de ville et d'espace. Un tel récit en ferait un document dans lequel confluent des principes et des idées déjà largement diffusées et enracinées, l'exonérant ainsi d^Òune responsabilité directe, d'autant plus que ce fut un texte peu lu. Nous conclurons avec quelques réflexions à propos des critiques indistinctes qui, depuis longtemps, s'élèvent à l'encontre des portions de villes construites dans l'apres-guerre, appelees, souvent trop vite, périphéries, et qui auraient été réalisées selon les principes exposés dans la Charte d'Athènes, critiques qui sont retombées sur la Charte et sur les principes qu'elle expose. Critiques qui anéantissent les caractéristiques de lieux divers: la périphérie n'est pas un tout unique; critiques qui superposent des milieux et histoires différents: ville, histoire de la ville, histoire de l'urbanisme, urbanisme moderne, Mouvement moderne. Milieux qu'il est illégitime de superposer avec légèreté si l'on désire poursuivre dans la voie de la réhabilitation de ces portions de ville. Critiques grossières et indifférentes qui, mélangeant et anéantissant des milieux divers, finissent par attribuer la responsabilité des erreurs commises durant la reconstruction des villes européennes, à l'urbanisme moderne et à ses programmes de recherche. Et c'est justement là le sort qu'a, à ce qu'il semble, subit la Charte: texte dans lequel, selon certains critiques, sont enonces des principes consideres comme etant la cause de la mauvaise qualitede l'espace peripherique, et devenu le symbole d^Òun pretendu echec du "moderne."
Aussi retenons-nous utiles des travaux comme celui que présente l'ouvrage Entre guerre et paix, comme moment de relecture d'idées, de textes, d'auteurs, de processus qui ont contribués à l'édification de l'espace de la ville contemporaine. De la màme manière retenons nous utiles les exercices contextuels de re-lecture, re-description des zones periphériques, pour mieux comprendre et éviter les lieux communs qui empêchent d'apprécier différences, spécificités, qualités, toutes choses utiles pour parvenir à les repenser et à les réhabiliter.
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Citation:
Paola D. Biagi. Review of Scrivano, Patrizia Bonifazio; Pace, Sergio; Rosso, Michela; Paolo, Tra guerra e pace. SocietÖ cultura e architettura nel secondo dopoguerra.
H-Urban, H-Net Reviews.
March, 1999.
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